Les films du placard #03

Bicentennial Man (Chris Columbus, 1999)

Une fois n’est pas coutume, ce mois-ci on va parler de science-fiction. J’ai pour habitude de ne pas faire les choses à moitié alors on va commencer par une petite mise au point (ce qui devient habituel dans cette chronique). La science-fiction est un style littéraire qui apparaît dès la fin du XIXème siècle (avec les récits de Jules Verne notamment) et qui est traité dès les débuts du cinéma au XXème siècle (impossible de ne pas penser au Voyage sur la Lune de Georges Méliès).

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Figure récurrente de la science-fiction, le robot permet à l’homme de s’interroger sur lui-même.

Très proche des sciences (astronomie, physique, informatique…) ce style évoluera avec elles tout au long de l’histoire. En 1942, après de nombreuses publications de vulgarisation scientifique, Isaac Asimov (jeune écrivain russo-américain)  publie la nouvelle Runaround et expose pour la première fois les trois lois de la robotique. Il me semble ici essentiel de vous rappeler ces trois points primordiaux à connaître avant de regarder un film traitant du sujet. :

  1. Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
  2. Un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première loi.
  3. Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième loi.
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Dans cette scène, le robot explique ces trois règles dès sa mise en marche.

Ces trois lois donneront naissance à de nombreux récits dont le but est de les mettre à mal, d’interroger leur limites. En 1976, Isaac Asimov (encore lui) publie la nouvelle The Bicentennial Man dans Stellar Science-Fiction. Cette oeuvre, d’une manière poétique, met à mal les trois lois de la robotique à travers un personnage automate mécanique victime d’un défaut de fabrication.

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Malgré les lois de la robotique, les automates nous inquiètent, nous effraient.

Une trentaine d’années plus tard, Chris Columbus, scénariste sur les Gremlins et les Goonies et réalisateur de Maman j’ai râté l’avion et de Madame Doubtfire (oui en gros pas mal des films cultes des jeunes des années 80-90), réalise une adaptation de cette nouvelle. Pour ne pas vous mentir, ce film est très marqué par l’esthétique des années 90. A mon sens d’ailleurs, ce choix graphique, qu’il soit volontaire ou non,  renforce totalement la poésie et la nostalgie de cette histoire . Le film a reçu un accueil mitigé et malgré la notoriété de son réalisateur et de l’acteur principal, un Robin Williams poignant d’innocence comme à son habitude. Etrangement, ce film n’a jamais été élevé au rang de classique.

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Un univers intimiste et un Robin Williams très à l’aise dans le rôle de l’humanoïde.

Au cours du XXIème siècle, la robotique a fait d’énormes progrès. Il existe désormais des robots ménagers dont l’utilité est d’aider les familles dans les tâches domestiques : cuisine, garde des enfants, ménage rangement, rien de bien amusant en soit. C’est dans ce contexte que Richard Martin (incarné par Sam Neil, connu pour son rôle d’Alan Grant dans Jurassic Park) achète un modèle NDR-114. Alors que la sœur aînée ne supporte pas la présence de cette machine, la plus jeune, Amanda, se prend d’amitié pour lui jusqu’à le surnommer Andrew (adaptation enfantine du terme androïde).

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La garde des enfants fait partie des tâches du NDR-114.

Après un accident, notre robot réalise un cheval de bois miniature. Le nouveau membre de la famille commence a faire preuve d’originalité, de talent artistique et décide petit à petit de comprendre la vie. Richard Martin élève donc Andrew comme son propre fils allant même jusqu’à lui expliquer les choses de la vie dans une scène amusante et touchante d’innocence et de légèreté. Rapidement, l’envie de découverte et d’émancipation d’Andrew devient insatiable. La vie, l’amour, les émotions, la douleur sont des choses qu’il souhaite désormais vivre.

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Lorsqu’il découvre les oeuvres de son robot, Richard Martin décide de l’élever comme l’un des siens.

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Au piano Andrew et Amanda développent une relation privilégiée.

Son besoin de découverte et d’émancipation passera par son bannissement de la famille Martin qui le libère de son esclavage. Ce déchirement marque le début d’une longue épopée pour ce curieux droïde. Alors que les années passent, il voit ses proches vieillir puis mourir. Il ne peut pas le comprendre, il ne veut pas l’accepter. Parti à la recherche de ses semblables, il rencontre le professeur Rupert Burns qui l’aidera à devenir  plus humain encore.

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Scientifique sympathique et talentueux, Rupert Burns aidera Andrew dans sa quête d’humanité.

Voilà donc dans les grandes lignes l’histoire racontée par ce film. En lisant ce résumé, il est difficile de ne pas penser aux mythes de Frankenstein ou encore de Pinnochio. La présence permanente des thèmes de la science et de l’enfance ne fait d’ailleurs qu’ajouter encore plus à ces similitudes. On retrouvera d’ailleurs cette thématique dans A.I. de Steven Spielberg, film également incontournable que je vous invite à regarder au plus vite.

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Malgré sa ressemblance avec les autres machines, Andrew est unique en son genre.

Avec son esthétique et sa mise en scène très 90’s à la manière des films familiaux de cette époque, Bicentennial Man est différent. Avec un système de chapitrage, le film possède un rythme propre mettant en avant la thématique du temps qui passe. Si plusieurs scènes impriment sur vos visages des sourires enfantins et candides, le sujet de ce film reste mélancolique. Pour les plus sensibles, je vous assure que ces petites scènes sont un vrai bol d’air. C’est très habilement que Robin Williams interprète Andrew. Bienveillant, inquiétant, innocent émouvant et curieux, l’acteur donne tous ces traits à un personnage bien particulier. L’interprétation fait donc de Andrew un être humain à part entière empli d’une charge émotionnelle brute.

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Un visage peu expressif pour un être à la recherche de son humanité.

Je m’emporte peut-être mais je n’ai pu ici que vous parler de la surface des choses. Malgré les références continuelles à l’enfance et au refus de voir les choses changer, ce film est bien plus qu’un simple conte enfantin. Le sujet abordé est un sujet universel qui traverse les âges, à l’instar d’Andrew. Ce long-métrage s’apprécie en tant qu’expérience, il suffit de se laisser porter pour se prendre à rire, pleurer, aimer, exalter… Très souvent critiqué, ce film est considéré par beaucoup comme trop long. Je ne vais pas vous mentir, si vous cherchez de l’action pure et dure et des robots, passez votre chemin et allez voir Terminator. Si un film contemplatif ne vous fait pas peur et que l’histoire d’un être qui se bat pour vivre comme les autres vous parle, je ne peux que vous le conseillez. Dans tous les cas, je me permets d’insister, laissez-vous porter par ce film et sa poésie.

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Richard et Andrew, une relation filiale un peu hors norme.

En un peu plus de deux heures, le robot Andrew nous apprends la vie, l’amour et la mort dans leur sens le plus strict et le plus direct. Allégorie de l’enfance et de la difficulté à grandir, à comprendre le monde et à s’y intégrer, ce long métrage tiens un discours universel et intemporel. Comme quoi c’est aussi à l’homme de parfois se laisser guider par la machine et au spectateur de se laisser guider par un film.

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Andrew perd ses repères et accepte difficilement le vieillissement de ses proches.

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