Film du placard #08

From Beyond (Stuart Gordon, 1986)

From Beyond, plus ou moins adroitement traduit chez nous par Aux Portes de l’Au-delà, est un film de science fiction réalisé par Stuart Gordon (Re-Animator) et produit par Brian Yuzna (Re-Animator, Chérie, j’ai rétréci les gosses, Le Retour des morts-vivants 3…). Sorti un an après Re-Animator, ce long métrage, tout comme son grand frère, est une adaptation libre d’une nouvelle de H.P. Lovecraft intitulée De l’au-delà.

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Comme dans Re-Animator, Jeffrey Combs est de la partie dans cette adaptation libre d’une nouvelle de Lovecraft.

Pour ceux qui ne le connaîtrait pas, je me permet une petite présentation de l’auteur en question. H.P. Lovecraft est une sorte de référence ultime dans le monde de la science-fiction. Ses nouvelles et histoires sont pessimistes, noires et mettent en scène une horreur liée à la faiblesse de l’Homme et son inaptitude à comprendre le monde qui l’entoure. Il est notament responsable de l’invention du Necornomicon (le livre des morts rendu célèbre dans Evil Dead de Sam Raimi) ou encore de Cthulhu (sorte de kaiju monstrueux entre le dragon et le calamar géant devenu culte). Vous voilà désormais un peu mieux renseignés.

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Dans un style très proche de Lovecraft, on retrouve l’Homme dépassé par ce qui l’entoure.

Outre le fait qu’ils soient adaptés de nouvelles de Lovecraft, Re-Animator et From Beyond possèdent de nombreux points communs. On retrouve le duo Yuzna/Gordon à la production et à la réalisation, Jeffrey Combs et Barbara Crampton jouent les rôles principaux, l’univers de la science et du paranormal sont présents en grande partie, et enfin la photographie, l’esthétique et les cadrages sont chiadés. Le travail sur la lumière vaut à lui seul le fait de regarder ce métrage ! On reviendra plus tard sur certains points promis.

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Crado, chiadé et magnifique… On est assez proche de Re-Animator, en effet !

Mais de quoi parle donc From Beyond ? Le jeune Crawford Tillinghast est le brillant assistant du Dr Pretorius. Dans la maison de ce dernier, les deux scientifiques mettent au point un résonateur capable d’exciter la glande pinéale et ainsi réveiller un sixième sens. Le seul souci, c’est qu’un fois activé, le résonateur ouvre une porte sur un monde parallèle où vivent différentes espèces jusque là invisibles à l’œil nu. Lors d’une expérience, Crawford se fera mordre par l’une de ces créatures avant d’en informer son mentor.

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Le Dr Pretorius, un personnage bien particulier et un poil flippant avouons-le.

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Activer le résonateur, c’est faire apparaître ces sympathiques bestioles…

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La voisine, quant à elle, ne semble pas apprécier les expériences qui visent à exciter la glande pinéale…

On comprend rapidement que le Dr Pretorius est un mégalo un peu trop gourmand pour être honnête. Son désir de devenir un super-humain et son avidité de savoir semble avoir pris le dessus sur sa raison. Son comportement vaudra même au docteur d’être finalement décapité par une créature de l’au-delà. Il l’aura bien mérité ! Crawford est donc tenu pour responsable et interné en hôpital psychiatrique. Personne ne semble vouloir croire la version des faits de ce pauvre bougre.

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Incarcéré à tort, Crawford est un peu le Patrick Dills version SF.

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Le Dr Bloch, un personnage aux positions réactionnaires et tranchées.

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L’hôpital présente pas mal de patients…dérangés.

C’est dans cette clinique que Crawford rencontrera le Dr Katherine McMichaels et l’inspecteur Buford ‘Bubba’ Brownlee, interprété par un Ken Foree au top (Dawn of the Dead, Devil’s Reject). Le Dr McMicheals est persuadée de la véracité des dires de son patient et décide donc de retenter avec lui et Bubba l’expérience du résonateur. Ils passeront donc tous les trois quelques jours enfermés dans la demeure du défunt Dr Pretorius.

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La bien jolie Barbara Crampton, dans le rôle du Dr McMicheals.

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Premiers signes de vertiges…

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Arrivés sur les lieux, les protagonistes comprennent l’ampleur de la folie du Dr Pretorius.

Le reste du film mélange relations humaines, voyages physiques et spirituels dans un univers onirique à la fois inquiétant, répugnant et enivrant. La plupart des personnages se transforment, évoluent et mettent en place une relation propre à leurs limites sociales, physiques et psychologiques. La relation au résonateur et à cette expérience devient une image de la relation à une certain idéal humain.

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L’expérience du résonateur est envoûtante.

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L’expérience du résonateur est étrange et paranormale.

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L’expérience du résonateur est flippante.

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Petit à petit, le Dr McMicheals semble se laisser séduire par la soif du savoir et du dépassement de soi.

Bubba reste un homme modèle, réfléchi, posé et fort. Il est souvent montré à son avantage, plastique apparente et arme à la main. Ses envies et réflexions sont pour la plupart purement pragmatiques et logiques. Il passe un bon moment à dire qu’il à faim. Il est le seul à faire preuve d’une certaine humanité dans ce microcosme ou seule l’envie de surpasser ses limites semble faire autorité. De la sorte, Bufford est un peu le tuteur qui permet de comprendre la dérive des autres protagonistes. Il représente l’autorité, l’administration, les choses qui ne changent pas à la fois par peur et par praticité.

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Bufford représente l’autorité et le pragmatisme.

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Le personnage est toujours montré à son avantage. Dans cette scène, il combat un ver géant muni d’un slip et d’un couteau…

Le Dr McMicheals remet en cause son rapport à la science. Elle passe de médecin à cobaye en tentant à plusieurs reprises l’expérience. Elle perdra ses repères jusqu’à devenir méconnaissable lors d’une scène où elle apparaît peu vêtue masturbant un Crawford mal en point. Il est d’ailleurs intéressant de noter que son rapport à la masturbation est bien différent au début du film où elle est choquée par le comportement d’un pensionnaire qu’elle aperçoit à travers une fenêtre. Malgré son doctorat et son rôle de mademoiselle je sais tout, elle semble être la plus perdue dans cette histoire.

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Chez moi, on appelle ça un changement de style radical.

Enfin Crawford passe du rang de jeune prodige à celui de victime soumise. Il semble incapable de tenir tête à qui que ce soit. Le Dr McMicheals le forcera même à retenter l’expérience encore et encore. Le personnage semble se dissoudre tout au long du film. Chez Crawford, la transformation devient même physique. Après un rude combat contre le ver coupable de la décapitation de son mentor, il perd ses cheveux. Lui pousse ensuite
dans le crâne une sorte de troisième œil à la forme très phallique et semblant remplacer peu à peu son libre arbitre. Ce personnage finira par devoir céder de façon impuissante à des pulsions meurtrières peu ragoutantes. Pour la petite histoire, il aspire le cerveau de ses victimes par l’orbite.

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Devenu chauve, Crawford présente un nouvel orifice sur son visage…

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Le Dr Bloch semble peu rassurée face à cette découverte.

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Incapable de résister à ses pulsions, Crawford suce le cerveau de ses victimes et tout ça par l’orbite s’il vous plaît !

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Spectateur ou acteur de cette tragédie, le jeune Crawford semble désemparé.

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Changement de photographie pour la vue à la première personne de ce jeune homme devenu monstrueux.

Ce qui est mis en avant dans ce film c’est finalement un rapport aux limites de l’Homme. Certains ont peur de savoir ce qui se passe au delà (Bubba, Dr Bloch), d’autres préféreraient ne pas savoir mais le subisse (Crawford), certains se montrent bien trop curieux et dépassent à jamais les limites (Dr Pretorius) et d’autres encore ne savent plus ensuite replacer correctement les limites (Dr McMicheals).

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Le Dr Pretorius est piégé à jamais dans cet au-delà si attrayant.

La question qui se pose est : De quelles limites parle-t-on ? From Beyond semble nous interpeller sur plusieurs fronts. Quelles sont les limites liées à la société (le rapport à l’autre dans un contexte de hiérarchie, la normalisation des rapports sexuels) ? Quel est mon rapport au savoir et au pouvoir ? Les deux doivent-ils obligatoirement aller de paire ? Le savoir peut-il être dangereux ? Quelles sont les limites liées à mon corps ? N’est-il qu’une enveloppe ? La douleur physique est-elle un mal nécéssaire au bonheur humain ? Le questionnement est large mais les notions de société, de sexualité, de limite et de violence planent sur l’ensemble de ces interrogations.

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Dans cette réalité, le corps n’est plus qu’une enveloppe, une simple barrière.

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Qui se modifie à volonté pour engloutir ses victimes trop résistantes…

Graphiquement, l’univers du film vacille entre couleurs froides et univers lumineux très riches avec de jolies variations de bleu et de magenta. Ce travail permet de donner aux FX ainsi qu’aux maquillages, un aspect très personnel avec énormément de textures et de détails. Certains make-ups sont d’ailleurs même parfois tellement détaillés qu’ils ne peuvent que créer un malaise pudique chez le spectateur. On pourrait rapprocher ce travail de ceux de Cronenberg (Videodrome, Scanners, La Mouche, Le Festin Nu) et Clive Barker (Hellraiser, Nightbreed) chez qui l’esprit, la chaire, le sexe et la torture se croise en semi-permanence.

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Le désir et la sexualité occupent une place centrale dans ce long métrage.

Sans trop vous en dire, j’espère vous avoir donné envie de voir ce classique mésestimé qui, à mon sens, propose en plus d’un univers musical et graphique incontournable une réelle vision et une potentiel d’interrogations sur l’homme et ses limites. On est presque dans de la tératologie là.  Au final on se croirait presque devant un remake perso de Dr Jekyll & Mister Hyde. Allez pour une dose d’excitation de votre glande pinéale, regardez ce chef d’oeuvre, c’est la maison qui régale ! Mais ne soyez pas trop gourmands les p’tits loups.

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From beyond c’est le combat de l’Homme face à lui même.

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Sérieusement, ce personnage est méga classe non ?

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