Film du placard #16

Dick Tracy (Warren Beatty, 1990)

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Ambiance comics assumée à fond…

Je vais vous avouer un secret mes p’tits loups… Adapter des comic books au cinéma c’est pas nouveau. Aujourd’hui on ne voit plus que ça sur les écrans… On en a dans tous les sens, on nous sert des adaptations à toutes les sauces ! Généralement les résultats sont nuls voire à chier, et malgré certaines prouesses visuelles et techniques, les bobines ont la finesse d’un tractopelle et respectent le matériau de base autant que je respecte la filmo de Guillaume Canet. Ça veut dire vraiment pas beaucoup.

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En route…

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Bienvenue de le monde sombre et magique de Chester Gould.

À la base j’adore la bande dessinée, je suis même super client des adaptations, mais honnêtement aujourd’hui j’en peux plus. Je n’ose même plus aller voir un film si j’apprends qu’il est tiré d’un comic. Et pourtant, le film dont je vais parler, là maintenant, il a 25 ans et il est tiré d’un comic book made in USA, fuck yeah ! Ici c’est la preuve qu’à l’époque il y avait un réel travail d’adaptation, même pour des métrages destinés au grand public. Je vous entends déjà me traiter d’éternel réac’ bande de saligauds. Je dis pas que c’était mieux avant… mais bon quand même…

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Non mais franchement, c’est beau ou pas ?

Dick Tracy à la base, c’est une bédé créée, scénarisée et illustrée par Chester Gould, un mec plein d’envies et de talent. Un vrai quoi ! Les planches sont publiées entre 1931 et 1977… Ouais, le personnage a eu le temps de vivre pas mal d’histoires quoi… Depuis 1977, d’autres scénaristes et illustrateurs ont pris le relais et ça continue encore et encore, c’est que le début d’accord, d’accord…

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L’univers de Chester Gould est rempli de mafieux pas beaux…

L’univers de Dick Tracy c’est une rencontre entre le cirque Barnum et la mafia italo-américaine sous fond de simili-prohibition. Le personnage principal, Dick Tracy donc, est un détective privé prêt à tout pour sauver la veuve et l’orphelin. Il souhaite plus que tout coincer les plus grands barons du crime de cette ville au mood très proche de Chicago. Tous ces méchants bonshommes ont vraiment des sales gueules et ça tombe bien, c’est plus facile pour les reconnaître !

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Quand je vous dit qu’ils ont des sales gueules, je plaisante pas… Matez celui-là qui galère à bouffer son huître avec sa bouche crado.

Les aventures de Dick Tracy ont été plusieurs fois adaptées à la TV, en jeux vidéo ou encore au cinéma mais la version dont nous allons parler ici est celle de Warren Beatty, sorti en 1990.

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En plus d’être réal, Warren Beatty s’offre le luxe d’être le héros du film et de se taper les nénéttes du coin, et ici, notamment, Madonna.

La ville connait une hausse du taux de criminalité, les gangs se font la guerre plus que jamais et Dick Tracy reste incapable de coincer son pire ennemi, Big Boy Caprice, interprété par Al Pacino décidément toujours à l’aise dans les rôles de mafieux bien vénères. Par la force des choses et avec l’aide d’un peu de violence, Big Boy est le chef de tous les loubards de la ville. Ce qu’il aimerait bien lui c’est empêcher Dick Tracy de venir toujours fouiner dans ses affaires. Ce dernier, désormais aidé d’un petit voyou du nom de Kid, aussi attendrissant que malpoli et désobéissant, aura bien du mal à démanteler un réseau solide et irréprochablement bien organisé. Voilà l’idée dans les grandes lignes. Si ce n’est l’apparition de The Blank, un mystérieux homme sans visage qui s’en prend à tout le monde, il ne se passe pas grand chose d’autre…

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Le patron du kid, un clodo mal léché…

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Et dans le rôle du grand méchant…

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Al Pacino, oui oui…

Tout le film se déroule comme une énième version du jeu du chat et de la souris, du flic et du voleur… On va pas se le cacher, c’est du vu, re-vu et re-re-vu. Le rythme est parfois assez lent et le film en devient aussi mou qu’un donut laissé au soleil un jour de canicule. Malgré ses défauts évidents et très souvent pointés du doigt par la critique et le public, ce métrage reste un film très agréable à regarder. Mais pourquoi ? me direz-vous… Bonne question les enfants…

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Dick Tracy se promène peinard dans les rues de cette ville cartoonesque.

Tout d’abord l’univers créé est ultra poussé. Je me répète encore et encore, mais pour réussir un film, il faut capter les gens dans un univers cohérent et fort, qu’il soit réaliste ou non. Ici le travail est plus que bien fait. Tout est magnifique, les décors sont grandiloquents et chaque plan large nous donne l’impression d’être réellement plongé dans une case de bédé. Bravo monsieur Beatty !

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Gros taffe sur les décors en mate painting et les lumières.

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Le tout avec des cadrages très proches du média d’origine.

Tout est fait à l’ancienne en mate painting et tourné en studio. Ça sent le faux décor à plein nez et ça marche du tonnerre. Putain on dirait les toiles de Edward Hopper ! J’ai beaucoup apprécié Sin City mais je trouve tout beaucoup plus beau, beaucoup plus fort et évidemment bien plus coloré dans cette adaptation de Dick Tracy. Bien sûr, le matériau de base est différent mais il me semble intéressant de mettre ces deux films en comparaison. Bref l’ambiance film noir est mortelle et on pense évidemment au travail réalisé sur Roger Rabbit, un classique de la même trempe que le film de Beatty.

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Y’a pas que les décors, hein, les maquillages aussi sont nickels !

Pour ce qui est des maquillages, c’est la même chose, tout est super propre. Du tout bon quoi ! Certains personnages ont juste des petits détails étranges comme le Marmoneux (interprété par un Dustin Hoffman que je n’ai pas su reconnaître) ou encore Big Boy Caprice avec son énorme nez et son menton proéminent.

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Lui (Flat top) par exemple, il fait flipper…

En revanche, d’autres persos ont des tronches vraiment plus dingues qui feraient pâlir les frères Bogdanov. Entre le petit mafioso Pruneface rabougri et ridé jusqu’à l‘os ou encore l’ignoblement gonflé Littleface, Beatty nous offre une véritable cour des miracles à la fois très amusante et übber malsaine. Honnêtement, le personnage de Flat Top me fait flipper encore aujourd’hui. En plus d’être le plus vicelard de la bande, le bonhomme se paie le luxe d’avoir une gueule inoubliable, le genre de faciès auquel tu penses quand tu prends ta douche tout seul chez toi… Oui moi je pense à ce genre de trucs dans ces moments là… Ne me jugez pas ! C’est bien simple, niveau flippant, le type est au niveau du Juge Doom de Roger Rabbit ! Ah ben, vous voyez bien que ça fout la trouille ! Rien que pour ça, le film a été récompensé par l’oscar du meilleur maquillage et l’oscar de la meilleure direction artistique en 1990. Autant dire que je me fous pas de votre gueule les amis !

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Une belle tête de rat.

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Le style original des bourrelets sur le front. Idéal pour cacher des petits trucs.

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Double dose de doliprane pour le monsieur à la veste orange…

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Ah oui… Ben on en a même qui n’ont pas de visage…

J’aimerais aussi saluer le casting de folie : Al Pacino, Warren Beatty, Dustin Hoffman, Madonna (quand elle avait moins de rides et un peu plus de plomb dans la cervelle), Seymour Cassel, James Caan… Pfiou, sérieux chaque plan est un Wow, il est dedans lui aussi ?!

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Boum ! Parce que dans Dick Tracy il y a aussi quelques explosions hein…

Enfin, la musique est assurée par le grand Dany Elfman (encore) et Madonna… Aucune erreur, on est bien dans un pur film des 90’s. L’ensemble du score finit donc de sublimer un paquet déjà bien joli. Hop vous voilà définitivement emporté dans l’univers de la bobine. C’est la cerise sur le gâteau comme on dit…

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Elle fait pas que chanter, hein, elle essaie de jouer aussi. Bon, dans l’univers de BD elle s’en sort pas mal mais bon…

Pour en revenir à ma question initiale, malgré toutes ses faiblesses scénaristiques et rythmiques (toutes proportions gardées c’est pas non plus un mauvais film hein, loin de là, c’est juste qu’on aurait pu mieux faire quoi), Dick Tracy reste un excellent divertissement qui arrive à créer quelque chose de visuellement fort qui t’accroche violemment la rétine. Warren Beatty et toute son équipe, acteurs y compris, ont mis tellement de bonne volonté et d’envie dans le film que ça transpire le plaisir sans prétention. Il arrive que les gens ne comprennent pas quand je dis ça (les sots !) mais je vous assure que ça se sent en matant le métrage.

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Des pruneaux pour la 12 !

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Non mais sérieux, c’est pas magnifique ?

Au final, Dick Tracy c’est un peu comme un pavé dans la gueule : ça te tombe dessus d’un coup, ça te met KO de toutes ses forces, ça te fait voir 15 000 étoiles, ça te déforme la tronche et quand c’est fini tu te demandes ce qu’il s’est passé. Je vous en supplie, pour votre bien, regardez ce film et admirez le travail total de Beatty… Regardez un peu comment on fait des adaptations personnelles et fouillées de comic books … Bim ! Dans ta gueule Marvel, usine à merde. Bon, sauf les Gardiens de la Galaxie, ça c’est cool… Je vous aimais avant !

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