Film du placard #15

Lost River (Ryan Gosling, 2014)

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Ça sent l’ambiance Amérique désolée dès le début du métrage…

Si vous en doutiez encore, oui, j’aime les ambiances 80’s et le cinéma contemplatif… Aussi étrange que cela puisse paraître, j’aime aussi pas mal Ryan Gosling… J’annonce tout de suite, je suis pas venu pour me faire des potes ! Contrairement à une idée relativement trop répandue, le gugusse n’est pas un acteur à minette ! Bordel ! Je le dis et je l’assume ! Outre le Mickey Mouse Club, il a joué très jeune dans des courts métrages TV fantastique et horreur. On peut retrouver notre cher Ryan dans des séries comme Fais-moi peur, Chair de poule… On l’aperçoit également dans la série Hercule contre Arès… C’est pas un truc de fou non plus mais merde dans les 90’s c’était cool ! J’en vois qui rigolent au fond… Au lit sans dessert !

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Lost River, c’est l’histoire d’une mère de famille qui galère…

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…et son fils qui veut l’aider…

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… dans un quartier qui tombe en ruine.

Par la suite le bonhomme a joué dans des films que je vous conseille comme Drive, Only God Forgives, Blue Valentine… Bref, sa filmo est remplie de films bourrés d’émotions brutes qui prouvent qu’on peut être sobre et efficace. Le type ne se cache pas, il aime les ambiances maccabres et planantes. Il le confirme même avec son groupe Dead Man’s Bones qui joue du rock blues qui sent bon les films de genre et qui lorgne largement du côté du travail du grand Tom Waits ! La voix est plus légère mais on reste sur du tout bon avec une prod crado juste ce qu’il faut.

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Lumières intimistes et personnages iconiques, Ryan Gosling pose les bases de son premier long métrage.

Histoire d’ajouter une corde à son arc Monsieur Gosling réalise et sort en 2014 Lost River, un film personnel à la croisée de ses expériences passées en tant qu’acteur… Pas pris au sérieux, boudé et méprisé par une bonne partie du monde du cinéma et du public, le film ne sortira que dans quelques salles… Si vous voulez mon avis, et vous le voulez, c’est con !

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Oui, oui le cinéma de Refn a influencé notre acteur, désormais tout jeune réalisateur.

Les avis sur ce film sont plus que mitigés. C’est simple, les gens qui ont vu ce film ont adoré à s’en péter la rétine ou détesté à s’en faire vomir. Il semble cependant que tout le monde se rejoint sur un point : Lost River est un film très esthétisant à mi chemin entre Lynch (Twin Peaks, Dune, Elephant Man, Eraserhead), Kubrick (Orange Mécanique, 2001 a Space Odyssey, Eyes Wide Shut) et Refn (Drive, Only God Forgives, Valhalla Rising). Pour ceux qui me connaissent, il n’est pas dur d’imaginer que ce combo ne peut pas me laisser de marbre.

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Ambiance Lynchesque et duels de personnages bigger than life.

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Reflets, flous, néons… La patte de Benoît Debie est clairement présente.

La bobine raconte l’histoire d’une famille détruite dans une ville détruite… La joie de vivre ? Connait pas… Alors que le fils tente de récupérer du cuivre dans les décombres de la cité fantôme, la mère parvient tant bien que mal à payer son loyer et éduquer ses enfants… Et vous savez ce que font les méchants banquiers aux mères célibataires qui ne peuvent pas payer leur loyer ? Ahah… Je vais pas vous dire, mais entre nous, ils se font plais’ les saligauds !

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Le quotidien de notre protagoniste ? Récupérer dy cuivre dans les taudis qui furent sa ville.

Lost River est un long métrage construit comme un conte pour enfant. On y retrouve un personnage principal dont le but est de sauver un royaume et une princesse en battant le monstre. Certains appellent ça de la simplicité niaiseuse, j’appelle ça de la pureté et du minimalisme. Le héros c’est Bones, un jeune homme courageux qui est prêt à tout pour subvenir aux besoins de sa famille et qui refuse de voir sa vie tomber comme les briques des immeubles du voisinage. La princesse c’est Rat, une demoiselle innocente pleine de savoir et de sagesse à la voix aussi douce que le visage. Le monstre c’est Bully, une brute qui profite de la destruction de la ville pour se transformer en roi n’hésitant pas à martyriser ses sujets.

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Bully, le roi de cette ville détruite, se le joue Humungus !

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L’iconisation des personnages marche parfaitement… Même de dos, le type fait flipper non ?

Le trio évolue tout au long du métrage accompagné d’autres personnages étranges. On retrouve Billy, la mère de famille brisée, Cat, la femme fatale et danseuse macabre, Dave, le banquier manipulateur et sournois, Belladonna, la grand mère muette et impassible, et enfin Cab Driver, le personnage discret, bon et juste. Tous ces personnages servent le récit en construisant ce monde. Ils permettent de se placer dans un échiquier de valeurs ayant perdu tout repère.

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Vous l’aurez compris, dans l’univers de Lost River, on rigole pas… Même un tour en taxi devient une occasion de déprimer.

Alors que tous évoluent dans cet univers déséquilibré, injuste et chaotique, Bones décide d’agir. Il n’est plus possible de vivre dans ces conditions. Les valeurs doivent être renversées, les justes doivent survivre, les tyrans doivent payer. Si cette idée manichéenne semble simpliste, sa mise en forme est ultra précise. Car c’est bien de ça qu’on parle quand on parle de Lost River : une machine de précision visuelle, lourde, logique et efficace !

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Précision visuelle lourde, logique et efficace… Je l’ai dit ou pas ?

Sans déconner, tout est ultra chiadé : les plans, les lumières (néons fluos 80’s à fond les ballons et ambiance signée Benoît Debie), la musique (Glass Candy, Chromatics, Johnny Jewel) et le jeu des personnages toujours dépassés par les événements. L’ensemble est à la fois envoûtant et super oppressant pour un résultat fantasmagorique. La bobine est vaporeuse as fuck toujours à mi chemin entre la légèreté du fond et le glauque de la forme. J’insiste, tout est au poil de cul !

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Je me permets d’insister, les personnages sont iconiques !

La meilleure mise en image de cette idée est le cabaret macabre. Orné d’une entrée art nouveau du plus bel effet, cet établissement est un véritable temple dédié à un bizarroïde fantasmé, cru, gore et sensuel. On oscille entre monde réel et monde surnaturel. Dans un monde saturé de lumière, les frontières deviennent floues.

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Ambiance cocktail et découpage de face au bistouri, tout un programme…

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Sensualité, bizarrerie et violence, Lost River se résume en une image.

Les personnages sont super charismatiques avec une mention spéciale pour Bully, le coupeur de lèvres psychopathe et viscéral. Dans une scène nocturne ce dernier n’hésite pas à défigurer son propre acolyte, juste histoire de rappeler qui est le patron, au cas où sa veste brillante et son trône n’étaient pas des indices assez clairs. Tout notre petit monde se déplace à la manière de fantômes dans une ville vide et abandonnée. Soulignés par une musique plus qu’envoûtante (sérieux, j’insiste, écoutez ce score) les mouvements lents résonnent comme une danse d’agonie. La fin est inéluctable. La mort, la fuite, la soumission, la libération, la délivrance, tout cela plane au dessus de la tête de nos protagonistes pendant une heure et demie.

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Salut toi !

On retrouve dans cette étrange errance des nombreuses références aux univers d’Eraserhead et de Twin Peaks. Promis ! Un moment il ne faut plus se demander pourquoi ou comment mais il suffit juste de se laisser emporter, écraser, happer par ces lumières et ces sons…

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Un petit côté Kubrick non ?

Il y a tellement de choses à dire sur ce métrage qu’il devient difficile de savoir par quel angle attaquer tout ça… J’avais juste décidé d’évoquer ce film et de donner quelques bribes de ressentis… Après vous vous démerdez et vous en faites ce que vous voulez, c’est pas mes affaires… Pas besoin de vous faire un dessin, vous l’aurez compris, Lost River c’est un long métrage qui plaira aux fans des ambiances 80’s et des longs plans contemplatifs (Kubrick es-tu là ?). Bon, allez, le film aurait gagné à être un poil plus folichon mais il semblerait que l’envie de (trop ?) bien faire l’ait emporté. Qu’importe, il reste devant nos yeux de cinéphages voraces une heure et demie de beauté et de poésie mélancolique ! Ça fait du bien et moi je dis oui et encore oui ! Évidemment, je recommande le film à tous les curieux mais je sais que ça plaira particulièrement aux fans d’Orange Mécanique, Drive, Twin Peaks et Beyond the Black Rainbow ! Vous avez bon goût, je le savais ! La preuve vous lisez cette chronique !

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Un lampadaire qui sort de l’eau ?

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Oui. Oui.

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Mais le mystère du métrage reste… Qu’est ce qu’il y a dans ce lac ?

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