Film du placard #14

Hobo with a shotgun (Jason Eisener, 2011)

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Hobo with a shotgun, du revival 80’s pure souche !

On se rappelle tous du projet Grindhouse de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez sorti stupidement en France de façon séparée en 2007. On se souvient tous d’un Death Proof un peu trop mou et d’un Planet Terror aussi nerveux que visuellement abouti. Qui ne se remémore pas avec gourmandise toutes ces bandes annonces bien alléchantes signées par les plus grands ? Wolfwomen of the SS (Rob Zombie), Machete (Robert Rodriguez), Don’t (Edgar Wright) et Thanksgiving (Eli Roth), ça faisait frémir les plus frigides non ?

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Son personnage est fatigué, mais Rutger Hauer, lui, est toujours en pleine forme.

Et puis à côté de tout ça, il y a eu un concours de court-métrage. Une bande de potes canadiens accrocs au cinéma de genre menés par le duo John Davies / Jason Eisener décide donc de participer. Pour seulement 150$, les bonhommes proposent un bijou de trip vigilante 80’s mettant en scène un clochard armé d’un fusil à pompe et dont le seul but est de nettoyer les rues d’une ville apocalyptique du mal omniprésent. Bref on a le droit à deux minutes de pure violence vigilante comme on aime, le tout interprété par un vrai gars de le rue payé en clopes. DIY to the bones ! Sous ses airs de Sandman (référence ECW originals obligatoire), David Brunt est donc le Hobo with a shotgun orginal, le premier à recouvrir les murs avec du sang de vilain bonhomme !

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Hobo with shotgun V1, pour le concours de faux trailer Grindhouse.

La trailer a tellement bien marché qu’en plus d’être diffusé avant les séances Grindhouse au Canada, le projet gagnera la chance d’être porté sur grand écran en version longue. Pour la bande de potes habitués au low budget 100% amateur, c’est donc une chance unique. En plus de se voir octroyer trois millions de dollars (tout de même minuscule budget dans la jungle du cinéma), les loustics se paient le luxe d’avoir à l’affiche le grand Rutger Hauer (Blade Runner, Vengeance Aveugle, La Chair et le Sang…) dans le rôle principal… David Brunt ne se sentant pas d’assurer sur un projet d’une telle envergure, il apparaîtra tout de même en caméo dans le rôle d’un flic voyou.

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Vas-y Rutger, tue-les tous !

Comme dans le trailer, l’histoire est celle d’un sans-abri sans nom qui arrive par le train dans la ville de Hopetown (un nom très mal choisi si vous voulez mon avis) pour y tenter sa chance. Malheureusement, la ville est aux mains de Drake, un psychopathe sadique qui martyrise des ados dans sa boîte de nuit / salle d’arcade, qui graisse la patte des flics pourris et qui se permet de décapiter les membres de sa famille. En gros, Drake n’est pas recommandable et du coup la ville va mal ! En plus de ça, Slick et Ivan, les deux fils de notre tyran semblent aussi sanguinaires et dégénérés que le rigolard papounet. Ça promet…

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Méchant Drake !

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Ivan & Slick, des petits jeunes qui en veulent !

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Ambiance macabre et seins nus dans le quartier général de la petite famille.

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Drake est sans foi ni loi, je vous ai prévenu… Du coup il nous offre des jolies prestations gores !

Dans sa pureté et son innocence, notre hobo tentera d’arrêter les méfaits du jeune Slick et se rendra vite compte que toute la ville est vérolée jusqu’à la moelle. C’est lors d’un hold-up dans un épicerie de quartier qu’il oubliera son rêve de création d’entreprise pour acheter un fusil qui lui servira à faire la justice, une balle à la fois.

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Ambiance vaporeuse et néons à gogo, c’est tout ce que j’aime !

La suite du film est donc une succession de règlements de comptes trash et sanguinolants. Voleurs, pédophiles, flics ripoux, macs… Personne ne passe à côté de la justice du canon de ce bon vieux clochard. Dans un élan de colère Drake déclare que tous les sans abris de la ville sont hors-la-loi et doivent être éliminés. Sinon, il tuera tous les enfants de la ville. Ahah, voilà qui ne laisse pas trop le choix à ces pauvres parents désabusés pris entre deux feux.

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La vengeance est au bout du canon.

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Le peuple pris dans la guerre entre le bien et le mal…

Dans un style quelque part entre Street Trash, les prods Trauma et les bobines vigilantes de 80’s (The Warriors, Class of 84), Hobo with a shotgun met donc en scène le parcours d’un homme bien parti pour se battre contre le système injuste actuellement en place. C’est cru, c’est violent, c’est abondamment sanguinolent, c’est rythmé, les jeux de lumières sont poussés à l’extrême (du violet, du rouge, du brouillard en veux-tu, en voilà), en quatre mots : belle pépite qui brille.

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Oh la belle rouge !

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Oh la belle jaune !

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Oh la belle bleue !

Mais là où le métrage mettra tout le monde d’accord c’est sur l’univers et les personnages. Hopeville est une vraie cour des miracles où se croisent toutes les pires ordures de l’Humanité. Quand je dis les pires ordures, ça concerne tout le monde hein… Je veux dire, un mec déguisé en Père Noël toute l’année et qui s’amuse à enlever et violer des enfants, c’est mal… Mais toute une population qui ne se choque pas de voir un gros porc qui squatte devant les écoles et se tripote la nouille, ben c’est mal aussi.

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Drake, le roi des ordures… et c’est pas un éboueur !

Slick et Ivan sont parfaits de violences et de gratuité. à leur manière ils détruisent tout ce qui se dresse sur leur passage. Drake est inhumain, il tue les membres de sa famille juste pour prouver qu’il est méchant, et je crois qu’on a compris le principe : il est méchant. Abby n’est pas en reste. La jeune prostituée qui souhaite s’en sortir, est un personnage fort qui n’hésitera pas à se battre pour ses idées. Son évolution au long du métrage est assez marquante. De jeune victime, elle devient une cheftaine combattante révolutionnaire plutôt sexy. Je vais pas vous faire l’intégrale mais vous l’aurez compris, chaque personnage mériterait son spin-off. Trop de charisme en seulement 1h30, c’est presque frustrant. On en veut plus s’il vous plaît messieurs Davies et Eisener. Encore ! Encore ! Encore ! Qui n’a pas envie de voir Ivan : The Movie ? Imaginez un peu, la genèse du benjamin de Drake, faire sa justice à grand coup de patins à glace dans la colonne vertébrale des gens tout en sortant punchline sur punchline accompagné des douces mélopées sorties de ses ghetto blasters… Hey, attention, vous êtes en train de baver !

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Abby la victime souriante…

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Abby, la cheftaine combattante !

En plus de ça, on a le droit au duo le plus badass de l’histoire du ciné indé… The Plague, c’est deux ‘gusses dont le trippe c’est de vivre dans un donjon, s’habiller avec des armures de robot, faire de la moto la nuit, vendre leurs services en tant que mercenaires, pendre les gens à coups de harpon et dresser des créatures tentaculaires du futur. Ça transpire sévèrement la testostérone et la violence et ça sent bon la méchanceté même à travers les casques et les tôles de métal qui servent de plastrons. The Plague est l’exemple parfait de ce que représente ce film : un truc bien couillu, hybride et potentiellement culte mais malheureusement sous exposé, et je parle pas de la photographie hein.

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The Plague est déjà un duo culte de la sous culture chez les fans de Lovecraft et Terminator.

Malgré une naissance sous les meilleures augures, le film ne parviendra jamais à réellement percer auprès du public, même initié. Il y a pourtant tout dedans. À l’image de son réalisateur Jason Eisener, le film transpire le fanatisme ultime du cinéma bis. Même les musiques vont au bout du trippe. Sans êtres entêtants, les thèmes sont bougrement efficaces à coups d’accords de synthé, de guitares électriques mixées bien au fond et de percussions blindées de réverb’. Huumm, ça sent bon tout ça non ? Petit pouce en haut comme disent les jeunes pour le thème d’ouverture signé Michael Holm et très proche du thème de Cannibal Holocaust, l’un des plus beaux de la création ! Yes !

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The Plague est dans la place, et ils sont pas là pour enfiler des perles…

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Rutger Hauer est le roi des monologues qui font pleurer. l’enfoiré !

Vous l’aurez compris, Hobo with a shotgun est un incontournable, un film qui redonne espoir ou pas dans l’humanité et dans le futur du film de genre. Références à gogo, violence à gogo, humour à gogo… Le film est parfait pour les fans aguerris du cinéma bis mais il l’est aussi pour les plus timides qui voudraient s’y essayer sans savoir par quel bout commencer. Aucune excuse donc pour ne pas regarder cette bobine, et puis vous savez comme on dit: Quand la vie te donne des lames de rasoir, tu fais une batte de baseball couverte de lames de rasoir !