Film du placard #13

Pee Wee’s Big Adventure (Tim Burton, 1985)

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Pee Wee’s Big Adventure est un film coloré, c’est annoncé !

Ai-je vraiment besoin de présenter Tim Burton ? D’une seule et même voix vous me direz que non. Le bonhomme a marqué la génération 90’s avec Beetlejuice (1988),  Batman (1989 et 1992), Edward aux mains d’argent (1990), Ed Wood (1994), Mars Attacks (1996) ou encore Big Fish (2003). Une bonne partie de sa filmo se jetterait volontiers aux ordures de l’histoire du cinéma comme son remake de la Planète des Singes (2001), son adaptation de Charlie et la Chocolaterie (2005) ou d’Alice au pays des merveilles (2010) dans lesquels le réalisateur se complait à s’auto-imiter dans une surenchère visuelle aussi too much qu’inutile. Beurk!… Tout ça vous le savez probablement déjà que vous soyez d’accord ou non avec moi. Cependant, il y a un de ses films qu’on a tendance à oublier. Il s’agit de son premier métrage dont la notoriété aux USA n’est jamais parvenue jusque dans nos contrées, il s’agit de Pee Wee’s Big Adventure, sorti en 1985.

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Machines enfantines et déco kitschissime, bienvenue chez Pee Wee !

Il faut savoir que Tim Burton n’a pas crée le personnage de Pee Wee. Ce personnage a été inventé, écrit et interprété par Paul Reubens en personne dans la fin des années 70. Le personnage brûle les planches des boîtes de nuits et cafés américains avant d’arriver dans les émissions de TV pour enfants : Pee Wee’s Playhouse entre 1986 et 1991. Et s’il est un événement qui a propulsé ce cher Pee Wee en icône kitsch de la pop culture, c’est bien la sortie de ce film de 1985.

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Pee Wee refuse de grandir et utilise une brosse à dents bien trop grande.

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Eh oui, Pee Wee mange des céréales Mr. T au petit déj’. C’est ce qu’on appelle avoir la classe ultime !

L’histoire du film c’est celle de Pee Wee Herman, un adulenfant (mi adulte, mi enfant quoi) dont la vie n’est que joie, jeux et innocence. L’amour de sa vie, c’est son vélo, une vieille bicyclette Schwinn des années 40. Dans sa vie tout va bien. La vendeuse de vélo est amoureuse de lui, tout le monde l’aime, sa maison est immense, il n’a pas besoin d’aller travailler, il passe son temps à squatter le magasin de farces et attrapes… Tout ça ne l’empêche pas de dire à qui veut bien l’entendre qu’il est un vrai rebelle ! Bref, Pee Wee est un gros branleur et n’y voyez aucune référence avec le scandale qui explosera autour de Paul Reubens en 1991.

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Oh le joli magasin de farces et attrapes !

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Il semblerait que Pee Wee ait meilleur goût en vélo qu’en déco !

Un jour où Pee Wee se promène paisiblement dans la zone commerciale, il s’aperçoit que quelqu’un a volé son précieux ! Sa fierté, son amour, sa bicylette rouge étincellante a tout simplement disparu. Il décide donc de faire appel à toute la ville pour mener l’enquête et…tout le monde vient. Normal ! Personne ne semble rien avoir à foutre de la journée dans ce drôle de bled ! America fuck yeah ! Mais bon les choses reviennent dans l’ordre parce qu’au final tout ce petit monde décide de laisser notre protagoniste dans sa merde. « T’es bien sympa mais on en a pas grand chose à foutre de ton vélo ! Démerde toi comme un grand ! ». Bon c’est pas vraiment ça mais bon, Pee Wee se retrouve tout seul dans cette folle enquête. Lorsqu’il comprend que c’est son ennemi de toujours Francis qui a fait le coup, il et déjà trop tard et le vélo est bien loin…

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Allez les potes, aidez moi s’il vous plaît…

Pour son premier film Burton signe un tripe 100% américain. J’entends par là qu’il va utiliser le type de cinéma le plus populaire aux USA : le road movie. Notre ami Pee Wee part donc retrouver son vélo et traverse une bonne partie des États-Unis. Il rencontre ainsi sur la route un fugitif en cavale, une voyante véreuse, une clochard qui squatte les trains, une serveuse de diner qui rêve d’aller en France, un gang de motards très attachés à leurs engins, un redneck décérébré ou encore une équipe de cinéma Hollywoodienne très à cheval sur la sécurité. Ces rencontres, en plus de le rapprocher de son vélo, lui permettront de grandir et de devenir (un peu) plus adulte mais aussi d’atteindre un certain idéal américain, celui de la sécurité, de la justice et de la propriété.

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Une voyante digne des plus grands escrocs annonce à Pee Wee que son vélo se trouve dans un sous-sol quelque part à Fort Alamo.

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Les USA, ses belles voitures, ses grandes routes, ses paysages et ses road movies.

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Tu sais les étiquettes sur les matelas où il est écrit « ne pas couper » ? Je l’ai fait !

Pour Tim Burton toutes ces scènes et tous ces personnages permettent de dresser un portrait de la société américaine. Ce portrait n’est ni positif, ni négatif. Il est souvent amusant, parfois touchant, régulièrement cynique mais toujours bienveillant. On observe tout ce joli bazar à travers les yeux d’un enfant en y portant le même regard innocent que notre protagoniste. Burton et Reubens semblent ici rendre hommage à la magie d’un pays à l’aube des années 1990 à gros coups de cartes postales animées et joliment colorées. C’est un coup à vous rendre nostalgique sans l’avoir vécu. Bien joué les gars !

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La danse de Pee Wee c’est du culte en barres.

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Rencontre avec l’Amérique profonde.

Bien qu’il s’agisse ici de sa première « vraie » bobine (entendez long métrage), le jeune Tim Burton, alors âgé de 27 ans, fait preuve d’une jolie patte graphique. Il confirme donc les qualités qu’on avait pu lui trouver dans ses premiers courts métrages tels que Vincent (1982) ou Frankenweenie (1984). Le réalisateur utilise le matériau de base de Paul Reubens et le passe à la moulinette film de genre. Les deux univers se marient à merveille. Les kaïjus, dinosaures géants en stop motion et autres clowns flippants rencontrent harmonieusement les couleurs vives et les machines improbables de l’univers de Pee Wee. De ce côté le film est le résultat réussi, beau et poétique d’une rencontre improbable de deux univers forts. On est encore loin du Burton complaisant de ces dernières années ou d’une niaiserie américaine trop bien-pensante. Équilibre !

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Pee Wee’s Big Adventure laisse déjà paraître l’imaginaire et l’univers fort de Tim Burton.

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Pee Wee, c’est amusant et c’est bizaroïde et c’est ça qui marche !

Au final, Pee Wee’s Big Adventure apparaît comme une jolie fable pour enfant, un Magicien d’Oz ou un Baron de Münchhausen à la sauce 80’s / 90’s. Les lumières, les couleurs, le jeu des acteurs et la musique de Dany Elfman (qui commence alors à se faire connaître) sublime ce film en portrait cartoonesque et idéalisé du rêve américain dans un monde qui tend de plus en plus à se déshumaniser et à perdre sa magie.

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Pee Wee fait des rencontres et découvre tout un monde…

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…mais tout ça à sa manière.

Parfois à la limite du too much, Paul Reubens reste cependant toujours amusant à voir cabotiner dans tous les coins. Il s’amuse sans se poser top de questions et ça se voit. Ses mimiques, son rire et ses bras qui bougent dans tous les sens peuvent parfois nous fatiguer et rendre le film un poil long par instants mais c’est dans ces moments qu’on se souvient que c’est tout ça qui fait la magie de Pee Wee. Bon aujourd’hui c’est clairement un poil plus creepy et vraiment trop mais j’imagine que ça m’aurait moins choqué si je l’avais vu 15 ans plus tôt ! Sérieux, c’est l’histoire d’un type toujours enjoué et heureux, même quand il croise des connards, et qui est prêt à affronter 1 000 dangers à travers le pays pour récupérer son vélo ! C’est pas cool ça ?

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Pee Wee est même capable de se travestir pour tromper la vigilance de la police. Un vrai rebelle on vous dit !

Au final, ce qui rend ce film unique et agréable autant d’un point de vue général que dans la filmo de Burton, c’est cette honnêteté permanente. On ressent une réelle nostalgie du monde de l’enfance, reflet de l’impossibilité de grandir chez le personnage principal. Le souci du détail y est pour beaucoup. Toutes ces drôles de machines ne manquent pas d’inventivité, les différents décors sont poussés à l’extrême et l’humour est permanent et décalé, toujours entre deux tons. Bref, honnêteté et folie font ici bon ménage et malgré ces quelques longueurs, on ressort de ce film la mine enjouée et le coin des lèvres relevés. Oui je suis poète à mes heures perdues…

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Bienvenue dans un univers loufoque et barré, Pee Wee sera votre guide…

Chef d’oeuvre incontournable pour les uns, ovni incompréhensible pour les autres, Pee Wee’s Big Adventure reste un référence à voir ! Il fait partie de tous ces films boudés dans nos contrées sans réelles justifications… Dommage… Par contre, petit conseil pré-visionnage : pensez bien à vous brosser vous les dents parce que se film vous fera sourire automatiquement !

 

 

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